La route du Rhum
La route du Rhum
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C’était vraiment l’atmosphère des grands jours au pied des remparts, et les ruelles de la Cité Corsaire étaient elles-mêmes encombrées par de nombreux bipèdes en quête de quelque place improbable dans la moiteur de crêperies étroites et accueillantes…
Plus haut, juchés sur leurs monumentales cheminées de granit, les goélands surpris par une marée humaine plutôt inhabituelle en cette saison, lui décochaient entre deux fientes perfides des cris stridents et railleurs !
Pèlerin involontaire d’une procession de milliers de voileux souriants et débonnaires, je me hâtais avec lenteur vers le bassin Vauban qui abritait la flottille des purs sangs de l’Océan, ces multicoques arachnéens et extrêmes ou bien encore ces monocoques épurés aux allures de grands poissons volants !
Je ne fus pas déçu par le spectacle, et je sentais monter en moi une émotion réelle en contemplant ce mélange insolite de technologie ultra moderne et performante concentrée sur de tels « protoships » dans un décor millénaire et chargé d’histoire, qui pourtant s’accommodait fort bien de ce puissant contraste !
Ce n’est pas le moindre des attraits de cette paradoxale course au large.
Les choses se gâtèrent, hélas, lorsque j’entrepris de me servir de mon reflex numérique fraîchement acquis pour immortaliser ces instants de bonheur, et je dus faire preuve d’une infinie patience pour franchir une à une les rangées de spectateurs agglutinés contre les barrières ceinturant le port, sans aucun espoir de saisir un angle original…Et encore moins, comme lors d’éditions antérieures, de pouvoir déambuler sur un ponton flottant entre ces embarcations mythiques.
De plus, le reportage photographique se transforma en d’incontournables portraits de privilégiés qui eux se tenaient du bon côté de la barricade, professionnels ou officiels plus ou moins connus, plus ou moins photogéniques, plus ou moins consentants !
Navré d’entendre autour de moi des remarques désabusées : -« On ne peut pas s’approcher, on ne voit rien, où sont les skippers… » je décidai alors de prendre à mon tour de la hauteur, jugeant que le concours précieux d’un téléobjectif me permettrait enfin de réussir depuis les remparts, quelques bons instantanés…C’était sans compter sur la présence encombrante et inesthétique de structures provisoires hébergeant tout au long du bassin Vauban un business hétéroclite n’ayant parfois qu’un lointain rapport avec le thème de cette noble régate !
Dépité, je rangeai dans son fourre-tout mon matériel inutile et terminai l’après midi par un bain de foule, profitant de l’ambiance festive qu’entretenaient des groupes folkloriques antillais ou bretons !
Sans rancune, ils seront encore des milliers le lendemain matin, accrochés dés les premières heures du jour aux rochers de la côte, de la pointe du Grouin jusqu’au cap Fréhel, pour saluer le départ de ces héros des temps modernes, les soutenant de toute leur âme dans l’épreuve, heureux de partager leur rêve.
Ces Routes du Rhum, nous les aimons, et je suis sur que certains d’entre vous les ont presque toutes suivies avec le même enthousiasme. Mais si le business que génère l’évènement ne peut qu’être bénéfique et indispensable à l’économie navale et locale, il se doit néanmoins de respecter cette multitude d’amateurs anonymes, sans qui rien ne serait possible.
Souhaitons donc qu’à l’avenir, nos gentils organisateurs sachent se mettre à leur place, et leur réserver la qualité d’accueil qui leur est due, en communion avec ces dieux du sport et leurs fascinantes montures.
Sous peine de voir un jour s’évanouir le souffle porteur de l’Aventure, et d’assister impuissants à …la Déroute du Rhum !
A bientôt, dans Quatre ans !
Jean-Louis.





