Malendure.
6 mai 2007, Bouillante, Malendure, 8H00 heure locale.
La nuit n’est pas parvenue à dissiper la chaleur qui s’est accumulée dans mon bungalow perché sur le faîte du rocher de Malendure.
Je viens d’ouvrir les volets, et je savoure, du haut de mon petit balcon de bois, imprenable belvédère, le spectacle apaisant de la plage caressée par le ressac exotique de la mer des Caraïbes.
A ma droite, les contreforts escarpés et verdoyants du massif volcanique de Basse-Terre.
A ma gauche, à une encablure de la côte, les petits tétons joyeux des îlets Pigeon, repères de la célèbre réserve Cousteau, à peine masqués par la floraison exubérante d’un grand flamboyant agrippé à la falaise.
Devant moi, une flottille de petits bateaux mouillés à l’abri de la crique se balance nonchalamment, au rythme d’un air de biguine que crache la sono d’un commerce riverain !
Je ne peux m’empêcher d’esquisser un pas de danse, sous le regard bienveillant d’un couple d’iguanes encore tout engourdis allongés sur les pierres gorgées d’un soleil matinal !
Vous l’avez deviné : je suis en Guadeloupe !
J’ai avalé goulûment mon petit déjeuner, et après la douche rafraîchissante, je dévale, non sans une certaine excitation, la quelque centaine de mètres me séparant du club de plongée posé sur le sable de la plage.
L’accueil y est cordial, le professionnalisme réconfortant. Les présentations étant faites, je suis aussitôt pris en charge par de gentils moniteurs qui m’initient à leur organisation, se préoccupent de mes besoins en matériel, et me fournissent le bloc de plongée prêt à l’emploi ! Je perçois leur surveillance discrète et m’en amuse, pendant que je m’équipe, mais j’apprécie de sentir au moment délicat où je dois capeler mon « stab » alourdi par le bloc de 15 litres une petite main saisissant opportunément le fardeau qu’elle rend infiniment plus supportable à mes lombaires douloureuses !
Le groupe s’ébranle vers le ponton qui nous permet de rejoindre l’embarcation. Le club dispose de deux bateaux en alliage d’aluminium d’une capacité de 20 et 16 plongeurs, propulsés par de puissants moteurs hors-bord.
Conçus pour la plongée, ils se révèleront extrêmement pratiques et confortables à l’usage.
Un rituel étrange m’interpelle au moment d’embarquer. Chacun d’entre nous est tenu de se rincer les pieds ou les bottillons dans un bac d’eau claire, le sable n’étant pas admis à bord !
La scène a quelque chose de cocasse, et on s’attendrait presque à sentir le parfum de l’encens ou à voir apparaître quelque gousse d’ail suspendue au cou des hommes-grenouilles, mais il est vrai que la propreté de la barge ne peut qu’être appréciée par nos détendeurs ou nos caissons photographiques !
A bord, les accessoires mis à la disposition des plongeurs sont impeccablement rangés dans les compartiments latéraux : palmes classées par pointures, ceintures de lest de couleurs différentes en fonction du poids qu’elles portent, blocs prenant place au centre, immobilisés par des sandows, auvent protégeant les passagers des ardeurs du soleil des tropiques ! Un grand bravo pour les organisateurs !
A larguer les amarres, nous mettons le cap sur les îlets, et je découvre avec plaisir en me retournant tandis que nous nous éloignons du rivage le décor enchanteur où est niché l’hôtel restaurant qui m’héberge.
Parvenus sur le site, nos encadrants font rapidement l’appel et me confirment que je vais plonger en binôme avec Jean-Pierre, un garçon sympathique qui travaille en Guadeloupe depuis 4 ans et plonge régulièrement en ces lieux. Il sera de ce fait un guide fiable.
Après s’être immergés dans une eau tiède et bienfaisante, nous descendons paisiblement et graduellement vers des fonds de vingt à trente mètres. J’y retrouve avec joie le peuplement sous-marin qui fait un peu la spécificité des Caraïbes. Mes premiers perroquets affairés à quérir leur nourriture sur le récif, les éponges richement colorées dressées comme des orgues silencieuses, les plumes de mer ou l’éventail de Vénus déployant sa fragile dentelle que frôlent des troupeaux de lutjans et de poissons grogneurs.
La vie abonde dans chaque anfractuosité de la roche, et nous jouons à pointer promptement tour à tour ici, une paire d’antennes anxieuses révélant bien malgré elle une superbe langouste un peu à l’étroit dans sa tanière, ou plus loin le corps massif et moucheté d’une murène porcelaine ! Là, c’est un poisson étrange à la nageoire dorsale et caudale démesurées qui retient mon attention, et j’apprendrai plus tard d’un moniteur qu’il s’agit d’un chevalier ponctué, un nom qu’il porte avec élégance !
C’est à un véritable festival de formes et de couleurs que nous sommes conviés. Des papillons et autres chirurgiens bleus s’égayent et se poursuivent autour des madrépores, nous reconnaissons au passage l’incontournable poisson ange français, mais comme pour lui voler la vedette, un grand poisson trompette vient s’étirer devant nos masques, vite éclipsé par l’arrivée inopinée d’un poisson coffre de belle livrée, puis, dans le canyon suivant, d’un fort beau spécimen de diodon ou porc-épic, éphémère compagnon d’un baliste apparemment pressé de rencontrer son destin !
Je me concentre un instant sur un grand mérou couronné rouge qui remonte tranquillement le long du plateau corallien, lorsque j’aperçois une forme grise en limite de visibilité. Jean-Pierre l’a perçue également et nous nous approchons de quelques coups de palme, tout heureux de distinguer à présent la silhouette sympathique d’une grande tortue de mer attablée sur le tombant !
Elle est visiblement trop affamée pour se laisser distraire, et nous profitons de l’aubaine pour nous repaître du spectacle !
Un coup d’œil sur les manomètres nous rappelle que nous atteignons la réserve, et nous engageons la remontée au terme d’une plongée de près d’une heure qui me semble n’avoir duré que…dix minutes !
De retour au club, nous dégustons le traditionnel planteur dans une ambiance festive, en échangeant nos impressions et nos émotions neuves !
- « Cette plongée : géniale ! Un véritable aquarium ! J’ai adoré cette diversité, cette abondance des espèces : les gorgones, les éponges, les coraux de feu, et puis tous ces poissons, et la tortue, tu as vu ce bestiau, énorme, je n’en avais encore jamais vu d’une taille aussi respectable ! Epatant !
Dis-moi, Jean-Pierre, peux-tu m’indiquer le nom du site pour que je l’inscrive sur mon carnet de plongée ?
-Tu l’as nommé Jean-Louis : c’est l’Aquarium ! »
Perplexité, et rires !...
Jean-Louis.





