Le blog de Jean-Louis n°4 : Flic en Flac.
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12 décembre 2006, Flic en Flac, Ile Maurice, 9H46 heure locale.
Je vérifie rapidement mon équipement, j’ajuste avec soins mon masque de plongée sur mon visage, je mets en bouche mon détendeur…
Notre guide, Bryan, donne le signal du départ, en anglais bien sur, pour la compréhension du plus grand nombre dans ces palanquées internationales !...Five, four, three, two, one, go !
Bascule arrière, nous délestons brutalement la pirogue de quelques centaines de kilos de matériel et de chair à plonger !
Je n’ai rien senti, pas le moindre frisson, c’est incroyable ! Je n’avais pas utilisé la cagoule de mon monopièce en néoprène de 5mm, et je craignais de le regretter ! L’eau doit être à 27 ou 28°C…Il faut s’y faire, mais ce n’est pas difficile !
Je me laisse couler assez vite pour éviter d’être séparé du groupe par un léger courant de surface, et nous nous immobilisons après quelques manœuvres d’équilibrage réussies au –dessus d’un fond que les locaux ont nommé « le rempart serpent ».
C’est une sorte de muraille crénelée (d’où son appellation), formation d’origine volcanique à environ 26 mètres de profondeur. Peu de couleurs à première vue, mais quelques beaux massifs de corail prometteurs dans une eau plutôt claire, et en approchant des éboulis rocheux et des anfractuosités de ce véritable gruyère, le plongeur y découvre progressivement une oasis de vie, un véritable foisonnement de formes, de couleurs, de mouvements d’une densité impressionnante !
Je me concentre pour tenter de reconnaître et identifier quelques espèces, mais il y en a tellement que j’ai du mal à suivre ! J’ai un peu l’impression de revivre des plongées effectuées en Mer Rouge, avec cependant des spécificités locales qui ajoutent à mon trouble !
Un rideau de gaterins rayés et de lutjans s’ouvre sur un tapis roulant qui semble faire la joie de mes compagnons de plongée et de leurs appareils numériques en caisson ! C’est en fait un nuage compact de poissons-chats rayés se déplaçant en boule, du plus bel effet esthétique !
Mais je suis déjà sous le charme de leurs voisines, une paire de murènes enlacées qui partagent leur logis avec un énorme poisson-scorpion, sans la moindre animosité !
Quelques mètres plus loin, j’ai cru apercevoir un serpent, ou plus vraisemblablement une murène serpentine tachetée rampant entre les roches, lorsqu’un superbe poisson-trompette accapare pour un court instant l’attention, tentant de se frayer un passage au milieu des anthias, apogons striés, mérous multicolores et autres ptéroïs !
Tandis que le faisceau d’une torche étanche fait sortir de l’ombre d’adorables poissons- coffres à la robe jaune mouchetée de disques blancs bordés de noirs, un diodon paisible se tourne et nous salue nonchalamment !...Et le spectacle continue, étourdissant !
Bryan nous désigne une anémone squattée par de charmants poissons-clowns de Clark, mais il faudrait aussi parler des bancs de jeunes carangues royales et des troupeaux d’écureuils folâtrant alentour, des chirurgiens bleus, des cochers ou des papillons jouant parmi les oursins géants ou les bénitiers !
Ce pastel de couleurs vivantes est tout simplement merveilleux !
Je n’en peux plus, j’ai fait le plein d’émotions, et je remarque à peine un caillou bien banal que me montre avec une insistance suspecte et mêlée de respect notre guide pourtant génial et très professionnel…Certes pour lui faire plaisir, on pourrait distinguer une forme vague s’apparentant à une bouche, surmontée de deux boursouflures évoquant des yeux, et encore !...J’apprendrai un peu plus tard que j’ai rencontré sans le savoir le redoutable poisson-pierre à la piqûre mortelle qui abonde en ces lieux et confère à leur célébrité !
Le moniteur que je croyais narcosé retrouve toute sa lucidité pour contrôler la pression d’air de nos blocs et donner le signal de la remontée, à notre grand désarroi !
« Alô Jain-Luis, cette plongée, ça vous a pli » ?
Silencieux depuis notre retour à bord, je dois faire un effort surhumain pour lui répondre, pour m’échapper d’un mot compréhensible à peu prés dans toutes les langues, mais comment résumer ce que je ressens ? Après un instant d’hésitation, je lâche un : « super ! » qui claque avec une telle conviction qu’il est parfaitement perçu et compris ! Aux rires succèdent les exclamations et les conversations reprennent, ce qui me permet de me réfugier de nouveau avec délice dans cet instant magique, cette harmonie des sens, ce sentiment de plénitude et de paix intérieure, en communion intemporelle avec les éléments, avec la Création, comme au premier jour du Monde !
Je n’ai pas vu de grands chalutiers écumer l’océan le long des côtes mauriciennes, tout au plus quelques pirogues de pêche artisanale, et quelques pêcheurs à pied dans le lagon.
Ceci explique peut-être cela. On nous parlera sans doute également de courants porteurs de particules nutritives, de conditions climatiques favorables, que sais-je encore ?
Mais je peux vous dire que dans ces sanctuaires d’une vie préservée, éclatante, authentique et riche, on est bien, on est si bien, tellement bien, on fait beaucoup mieux que d’exister, ON EST !!...
Jean-Louis.





